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28 décembre 2006

Les sectes à l'assaut de l'entreprise

La 23e session de formation fut sans doute celle de trop. "Ça s'est terminé par la danse de l'orange", raconte l'un des douze participants, des cadres du centre d'appel de l'opérateur de téléphonie mobile Orange, situé dans le Nord. "Sans parler, les yeux bandés, nous tenions une orange du bout des doigts avec un partenaire et devions imaginer ce qui se passait dans le corps et la tête de l'autre." Le comité de direction de l'entreprise était en formation depuis deux ans. Petit à petit, avant cette énième excentricité, les sessions n'avaient cessé de dériver. Les liens supposés entre sexualité, management et psychanalyse justifiaient des séances de remises en cause publiques et intimes. Les esprits trop critiques étaient exclus du stage et se marginalisaient au sein de l'entreprise. Bel exemple de formation professionnelle...

Le marché est énorme. Il génère 22 milliards d'euros de flux financiers par an, selon le ministère du travail. 45 000 organismes prestataires sont recensés, dont 7 000 à 8 000 reconnus sur la place publique. Les risques de dérapage se mesurent à cette aune : il y a le psychothérapeute illuminé aux connaissances approximatives ; l'escroc à la recherche de budgets peu contrôlés ; ou encore la stratégie réfléchie d'une secte au fonctionnement souvent de type mafieux.

Chez Orange, la formation a pris fin grâce à un cadre rebelle. Sa supérieure hiérarchique soutenait le formateur. Elle-même participait à ces sessions marquées par la peur et les menaces de sanctions. L'intéressé s'adressa donc directement au président de France Télécom, qui diligenta une enquête interne. "Les références psychanalytiques étaient exagérées et déplacées", commente-t-on, gêné, au sein du groupe, avant d'ajouter plus discrètement à propos du formateur : "C'était plus un allumé qu'un prosélyte sectaire." L'entreprise prestataire, Equation, affirme pour sa part "être tombée de haut". "Nous avons appris l'existence du problème par hasard, dans un couloir de France Télécom." "Ce formateur agissait à notre insu," ajoute ce cabinet basé à Lyon. "Nous avons mis fin à toute collaboration dès que nous avons été informés."
L'affaire a été dévoilée il y a un an à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et devrait figurer dans son rapport annuel 2006. Elle illustre bien les dérives auxquelles peuvent être confrontées les entreprises, estime Stéphane Rémy, directeur adjoint du travail à la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle (DGEFP). D'une part, parce que "les salariés étaient dans un état de double sujétion, vis-à-vis du formateur et de leur propre chef". D'autre part, en raison du contenu, qui a dévié vers la fin de la session "après une lente mise en condition, propre aux techniques de reformatage de personnalité présentes dans les démarches sectaires". Le risque de manipulation mentale dans l'entreprise, via la formation, est identifié depuis le milieu des années 1990. Mais il a fallu attendre 2006 pour que les responsables de la formation professionnelle et les acteurs publics anti-sectes se mobilisent réellement.

Deux types de dangers sont distingués : les organisations sectaires de type Scientologie, et les microstructures soudées par des théories douteuses, présentes surtout dans le domaine de la santé. "Les mouvements sectaires n'ont plus besoin d'adeptes pour faire de l'argent, le marché de la formation professionnelle peut suffire", explique Catherine Picard, présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi), principale association anti-sectes en France.

Décrit par Danièle Gounord, porte-parole de l'Eglise de scientologie, comme un membre de son mouvement, Eric Ianna apparaît derrière plusieurs sociétés de formation professionnelle. Certitude, Key Concept ou Action Academy n'ont officiellement aucun lien entre elles mais emploient les mêmes méthodes, développées par la secte. Sociétés gigognes, elles ne diffèrent que par leurs adresses, mais certaines, dont celle de Certitude, ne sont que des boîtes aux lettres. Le danger existe lorsque le lien entre ces sociétés et la secte n'est pas mentionné aux clients.

Ainsi le groupe Ticona, émanation du géant de la chimie Hoechst, a eu recours aux services de M. Ianna. "Il avait travaillé par le passé pour Hoechst, dit-on au siège de Ticona, mais dès que nous avons su, par le biais d'un article de Paris Match, que la prestation qu'il vendait était inspirée des doctrines de la Scientologie, nous avons mis fin à son contrat."
Les établissements Cornet, une concession de tracteurs John Deere à Pithiviers, figurent eux aussi parmi les anciens clients de M. Ianna. Mais la direction agissait en conscience : elle savait qu'"il était à la Scientologie", le gérant de l'entreprise étant lui-même proche de ce mouvement. M. Ianna se borne pour sa part à indiquer que ses activités n'ont pas de lien avec la Scientologie. Pourtant, peu de temps après l'avoir contacté, Le Monde recevait un appel de Mme Gounord sans que celle-ci ait été sollicitée.

Les grands groupes ne sont pas à l'abri. Fin décembre 2005, Areva, le groupe Lagardère et la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) ont annulé leur participation à un colloque à l'intitulé pourtant anodin sur "le correspondant CNIL". Ils avaient appris la veille que la société Dataclair, coorganisatrice du colloque, comptait parmi ses consultants "informatiques" un scientologue, ce que Mme Gounord confirme. "Personne n'a vérifié auprès de moi la réalité de ces liens et surtout leur influence sur le travail fourni," s'insurge Patrick Mensac, directeur de Dataclair. "Je n'ai, personnellement, aucun lien avec la Scientologie, et les croyances de mon consultant ne regardent que lui."
"Peu nous importent les doctrines et les croyances", assure Henri-Pierre Debord, de la Miviludes, qui identifie trois sujets d'inquiétude : "La ponction de fonds pour le financement de réseaux sectaires, l'éventuel détournement d'informations et l'accès à des données personnelles détenues par des entreprises." Autre source de craintes pour le gouvernement : l'explosion du marché du "développement personnel". Dès 2000, une circulaire du ministère du travail en parlait comme d'un "moyen privilégié de pénétration du milieu de la formation par les organismes sectaires". Même l'éducation nationale s'est retournée vers le ministère du travail pour savoir si elle devait financer certaines formations. En Aquitaine, un enseignant en difficulté avec ses élèves voulait ainsi devenir thérapeute en "guérison du passé". La méthode qui lui était proposée s'inspirait de la doctrine du docteur Ryke Geerd Hamer, condamné, en 2004, à trois ans de prison pour escroqueries et complicité d'exercice illégal de la médecine. "Selon les renseignements généraux, le nombre de méthodes de développement personnel est passé de 80 en 1996 à 200 en 2005", affirme Françoise Chalmeau, qui représente le ministère de la santé au sein de la Miviludes. Inquiet des dérapages, le gouvernement a invité tous les acteurs de la lutte anti-sectes à coordonner leurs efforts. Entre mai et septembre, les organismes qui gèrent les congés individuels de formation ont resserré les mailles du filet sur le risque sectaire.

Le Fonds unique de péréquation, qui finance ces congés, indiquait ainsi, le 15 juin 2006, à un organisme collecteur de fonds, le Fongecif du Languedoc-Roussillon, que "le caractère trop général des termes employés par le législateur oblige chacun de nous à faire preuve de la plus grande vigilance". A la mi-novembre, le ministère du travail et la Miviludes formaient l'organisme collecteur de Basse-Normandie aux failles du marché du "mieux-être". Une première. Et pourtant, les ressources humaines des entreprises sont de plus en plus séduites par ces formations.

Si le mieux-être individuel peut s'accorder avec un éventuel changement de métier, c'est aussi la porte ouverte à de véritables escroqueries et à l'embrigadement mental visant des stagiaires en état de faiblesse psychologique. "Il y a enseignement suspect lorsque le formateur veut faire de vous un homme nouveau et vous guérir d'un passé responsable de tous les maux," explique Mme Chalmeau. "Cette logique coupe peu à peu les gens de leur entourage familial et amical et les enferme dans une dépendance souvent très coûteuse." Les consultants ou thérapeutes en "développement personnel" se présentent désormais sous le visage de "coachs", phénomène à la mode. Et il n'est pas rare que la principale association anti-sectes, l'Unadfi, soit contactée par des victimes de leur emprise.

Les "coachs" prétendent aussi gérer l'assurance personnelle, le temps, les relations amoureuses, les changements de métier et le mieux-être en général. Ces nouveaux gourous peuvent à l'occasion servir certains desseins patronaux. Selon Mme Picard, présidente de l'Unadfi, "les entreprises utilisent parfois ces méthodes de développement personnel pour faire passer des pilules amères telles que des plans de restructuration ou de licenciement".

Jacques Follorou


Les adeptes d'AMESSI sont friands de ces formateurs douteux, qui les caressent dans le sens du poil. Le développement personnel devrait, en ce qui les concerne, se concentrer sur le développement de leurs capacités critiques.

16 décembre 2006

L’Eglise de Scientologie : secte ou religion-business

L’Eglise de scientologie, en vedette à l’occasion du mariage de l’acteur Tom Cruise prévu samedi en Italie, est considérée comme une secte dans plusieurs pays européens où elle a connu des condamnations judiciaires.Dans d’autres pays, comme les Etats-Unis où elle a été fondée en 1954 par l’auteur de science-fiction Lafayette Ron Hubbard (1911-1986) et qui abrite son siège international, elle a obtenu les avantages fiscaux réservés aux cultes. Ailleurs, elle a souvent un simple statut d’entreprise commerciale.La Scientologie affirme vouloir oeuvrer à l’émergence d’une "civilisation sans folie, sans criminalité et sans guerre". Elle entend s’attaquer à la psychiatrie et ses adeptes rejettent toute drogue.

L’organisation affiche plusieurs millions de participants à ses stages dans le monde. En France, elle compte 45.000 personnes dans ses fichiers mais 10% seulement "suivent les cours régulièrement", selon sa porte-parole."Si un homme veut vraiment se faire un million de dollars, la meilleure manière serait de lancer sa propre religion", selon une citation attribuée à L. Ron Hubbard par le site anti-Scientologie xenu.net, qui tire son nom de Xenu, personnage de la doctrine scientologue.La Scientologie aime recruter dans les cercles influents et mettre en avant des adeptes renommés, comme Tom Cruise, John Travolta ou Chick Corea.

Il faut verser de fortes sommes d’argent pour suivre les cours et gravir les échelons hiérarchiques. Les scientologues utilisent la "dianétique", une méthode pour devenir "Clair" après s’être "purifié" des éléments négatifs de son mental grâce à un "électromètre", un appareil électrique rudimentaire.Aux Etats-Unis, la Scientologie a obtenu en 1993, après un long bras de fer avec le fisc, l’exonération réservée aux mouvements religieux. Elle se veut championne de la liberté religieuse et ses doléances, visant notamment la politique anti-sectes de Paris, alimentent le rapport annuel du département d’Etat.

En France, L. Ron Hubbard a été condamné par défaut en 1978 à quatre ans de prison et une amende pour escroquerie. L’antenne parisienne a été condamnée en 2002 pour violation de la loi informatique et libertés. Un procès emblématique s’est tenu en 1996 à Lyon, avec des condamnations pour homicide involontaire et escroquerie après le suicide d’un adepte.

En Belgique, où la Scientologie est aussi considérée comme une secte, un procès est attendu après plus de neuf années d’instruction.Très procédurière, l’organisation n’hésite pas à saisir la justice chaque fois qu’elle s’estime diffamée. Elle a bataillé des années durant pour finalement obtenir l’accès à des documents des Renseignements généraux français : "il n’y avait rien dans les dossiers", assure sa porte-parole.Selon ses détracteurs, la Scientologie préconise la "propagande noire" pour destabiliser ceux qui menacent de révéler ses agissements. Des magistrats, avocats, parlementaires ou journalistes qui se sont intéressés à son fonctionnement ont fait état de pressions voire d’exactions.

La Scientologie anime une nébuleuse d’associations — écoles de musique, de dessin, organisations à but humanitaire — comme en France la Commission des citoyens pour les droits de l’Homme, la Coordination des associations et particuliers pour la liberté de conscience (Cap-LC) ou Narconon (contre la drogue). L’organisation, qui a un centre européen à Copenhague, a ouvert en 2003 un bureau à Bruxelles où elle vient d’acheter d’autres locaux. En octobre, elle a ouvert un nouveau centre à Londres.


La scientologie, comme d'autres organisations de type sectaire, n'hésite pas à appeler ses adeptes à harceler les opposants par des méthodes douteuses, voire carrément illégales. Ainsi, la technique consistant à spammer la boîte e-mail d'une personne critique en inscrivant son adresse sur des sites pornographiques ou pseudo-scientifiques est utilisée par certains des adeptes d'AMESSI. Un appel à spammer est aussi affiché sur le site d'AMESSI, montrant ainsi leur volonté hypocrite de nuire.

26 avril 2006

Sectes: la Miviludes inquiète pour les enfants, la santé et l'humanitaire

Enfants, médecines alternatives, aide humanitaire constituent trois domaines "particulièrement préoccupants" pour l'activité des sectes, estime la Miviludes dans son rapport 2005 en promettant de poursuivre sa lutte "avec conscience et détermination".

Le rapport est publié dix ans après l'affaire de l'Ordre du temple solaire qui a décidé la France à se doter d'une structure spécialisée, devenue en 2002 la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

"Il existe de vraies et bonnes raisons de ne pas renoncer à la lutte contre les dérives sectaires au motif fallacieux que cela porterait atteinte à la liberté de conscience ou aux libertés religieuses", écrit le président de la Miviludes Jean-Michel Roulet en invoquant "des enfants humiliés, des victimes détruites et des familles déchirées à jamais".

Les enfants sont souvent une "cible", selon le rapport, parfois avant leur naissance (Fraternité blanche universelle, Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix). Chez les dévots de Krishna, ils ont un emploi du temps harassant (lever à 3H30, coucher à 20H30 pour les 10-15 ans).

Ils peuvent être retirés de l'école (enfants "indigo" ou "cristal" de Kryeon), scolarisés à part (Tabitha's Place, Frères de Plymouth issus du darbysme protestant). La cellule de prévention de l'Education nationale évalue à 10.000 les enfants instruits à domicile ou dans des établissements hors contrat. Les contrôles ont contribué au recul du nombre d'enfants instruits à domicile (1.000 en 2004 contre 6.000 en 1998).

Mais l'enseignement par correspondance est libre et concurrentiel --sans aucune garantie ni agrément hormis le CNED-- comme le soutien scolaire, créneau qui "semble être une des nouvelles pistes de la scientologie".

Parfois soumis à de mauvais traitements voire des abus sexuels, les enfants peuvent mourir de privations. En juin 2005, les parents kinésiologues de Kerywan, mort à 16 mois avec le poids d'un nourrisson de quatre mois, ont été condamnés par la cour d'assises du Finistère à cinq ans de prison dont 52 mois avec sursis.

La Miviludes s'inquiète aussi de "l'engouement pour les +alter-médecines, multiformes mais qui ont pour point commun de ne bénéficier d'aucune validation scientifique, d'être exercées dans la plupart des cas par des +thérapeutes+ autoproclamés et d'aboutir à terme à un refus pur et simple des soins médicaux traditionnels".

Elle dénonce ce "mouvement qui érige en dogme une philosophie qui nie en bloc tous les progrès de la science et de la médecine auxquels les plus grands savants du monde ont voué leur vie depuis deux siècles".

Enfin, la crise des banlieues en novembre 2005 a attiré des sectes comme la scientologie sous couvert d'aide humanitaire, un secteur "en pleine expansion, en raison de la médiatisation des grandes catastrophes naturelles ou des troubles", souligne la Miviludes. Il a "le double avantage pour les organisations sectaires de contribuer à polir leur image humaniste tout en procédant à un fort prosélytisme et de leur permettre de recueillir des fonds".


En ce qui concerne les dogmes qui nient en bloc tous les progrès de la science, l'association AMESSI fait très fort. Cette association recommande systématiquement l'ensemble des absurdités alternatives dans les traitements de santé, y compris celles de charlatans avérés, sans aucun fondement scientifique.

11 octobre 2005

Naturopathie et autres charlataneries

Charlie Hebdo vient d'être relaxé des accusations de diffamations envers une personne pratiquant la "communication facilitée", une pratique supposée permettre aux autistes de s'exprimer à l'aide d'un clavier et d'un 'facilitateur' humain (qui en fait dirige la main de la personne autiste). L'hebdomadaire avait qualifié cette pratique de "charlatanerie" et s'était indigné de son remboursement par la Sécu.
Il est donc encore possible, en France, d'exprimer son point de vue sur des techniques charlatanesques, sans que les charlatans qui les pratiquent ne puissent s'y opposer.

Profitons-en donc et abordons maintenant la naturopathie.

La profession de naturopathe n'est ni reconnue ni règlementée en France. N'importe qui peut donc se baptiser "naturopathe" sans aucune formation, médicale, scientifique ou autre.

La naturopathie est une théorie fondée sur la croyance que le corps va s'auto-guérir spontanément, pourvu qu'il soit placé dans un environnement 'sain'. Jusque-là rien de particulièrement choquant, sauf que la condition de l'environnement 'sain' permet au naturopathe d'expliquer pourquoi son malade ne guérit pas tout seul: il lui suffit d'invoquer l'existence d'un facteur malsain, connu ou pas. Bref, s'il guérit, c'est la preuve de l'efficacité de la naturopathie et s'il meurt, c'est la preuve qu'il y avait un facteur malsain. Pile je gagne et face tu perds !

Les naturopathes prétendent que les cancers, par exemple, sont dûs à un système immunitaire 'déprimé' (pourtant seuls des examens cliniques poussés, pratiqués par des médecins compétents peuvent déterminer si le système immunitaire d'un patient est déprimé). Outre que cette affirmation est parfaitement fausse: bien qu'ayant des causes multiples, certains cancers sont connus pour être d'origine génétique ou dûs à des oncogènes environnementaux et se produisent chez des sujets dont le système immunitaire est sans défaut. Inversement les personnes immunodéprimées ne produisent que rarement des cancers, et principalement des formes rares de ce type.

Références:
La naturopathie vue de plus près par le Dr Stephen Barrett.

La recherche scientifique a identifié des facteurs causaux mesurables et des méthodes spécifiques de prévention et/ou de traitement de centaines de problèmes de santé. Les naturopathes n'ont pas beaucoup plus que créer des généralités surperficielles tirées de ces facteurs. Les théories énoncées ci-dessus sont simplistes et/ou sont en désaccord avec les connaissances scientifiquement fondées en physiologie et pathologie. Par exemple :

. "Equilibre," "vitalité," et "harmonie avec l'organisme" sont des concepts vitalistes. Comme "santé optimum" ou "avantageant" l'organisme, ces concepts sont vagues et ne peuvent pas objectivement être mesurés ou évalués scientifiquement.

. Les maladies infectieuses qui surviennent dépendent du degré d'exposition au vecteur d'infection, de la virulence de ce vecteur et de la capacité de notre organisme à y résister. Un individu n'est pas obliqé d'être "intoxiqué" ou en "déséquilibre" pour devenir enrhumé.

. Certaines maladies sont un résultat d'un facteur héréditaire, d'autres non.

. Le concept général de traitement des maladies en "renforçant le système immunitaire" va à l'encontre du fait que dans certaines maladies, comme l'allergie ou maladies auto-immunes, le système immunitaire est en hyper-réactivité.

. Pour ce qui est du cancer, la notion suivant laquelle le cancer est un reflet d'une faiblesse du système immunitaire est fausse [6]. Si c'était vrai, les patients recevant des médicaments immunosuppresseurs comme traitement de l'arthrite ou pour la prévention de rejet d'organes transplantés, ou qui sont immuno-déficients à cause de maladies héréditaires ou du SIDA, seraient susceptibles de développer des cancers usuels. Au contraire, ils ont tendance à développer des cancers rares, comme le sarcome de Kaposi chez les sidéens [7]. L'affirmation des naturopathes, à l'effet que les "méthodes naturelles " peuvent traiter le cancer en renforçant le système immunitaire aussi est non fondée.

. Les naturopathes prétendent que le traitement médical précis est moins important que "maintenir un équilibre corporel."

Les naturopathes affirment que leurs méthodes "naturelles", lorsque utilisées de façon appropriée, ont rarement des effets secondaires parce qu'elles ne gênent pas les capacités inhérentes de l'individu de se guérir lui-même. Cette prétention est de la foutaise. Toute médication (remède ou herbe) assez puissante pour produire un effet thérapeutique est aussi assez puissante pour avoir des effets secondaires. Les médicaments ne devraient pas être employés (et n'auraient pas l'approbation de la FDA) à moins que le bénéfice probable ne soit plus grand de façon significative que les risques possibles. De plus, rarement les médicaments "nuisent au processus de guérison." L'allégation suivant laquelle les soins médicaux scientifiquement établis "éliminent ou suppriment seulement les symptômes" est absurde et pernicieuse.
Le plus gros des méthodes de traitement des naturopathes n'a pas été prouvé scientifiquement et certains traitements, comme l'homéopathie sont franchement inutiles. Dans biens des cas, les naturopathes ajoutent des conseils diététiques raisonnables (basés sur des méthodes prouvées médicalement) à des recommandations pour des produits sans valeur.


Escrocs ou marchands d'illusions avancent masqués du site www.prevensectes.com :

La bio-psycho-généalogie, l'énergothérapie, la naturopathie sont très à la mode. " Les gens poussent souvent sans le savoir la porte d'une secte, confie Sabine. J'ai laissé 4 500 € et des angoisses supplémentaires dans un stage sur l'énergie. " En dépit de la vigilance de la mairie pour la location des salles municipales, deux cents personnes ont applaudi, à l'Athénée, un partisan de la méthode Hammer, qui prétend soigner les maladies graves par la résolution des conflits psychologiques, sans l'apport des thérapies convention nelles. " Nous avons envoyé deux médecins observateurs à la conférence, précise Marie-Noëlle de la Roque, responsable de l'Adfi (Association de défense des familles et de l'individu) en Gironde. Ils y ont entendu les pires inepties médicales. Mais de telles organisations partent toujours de quelque chose de juste pour appâter leurs victimes. Il y a eu quatre morts en 2002. "
Un couple membre d'une secte devant les assises pour la mort de son bébé et
Mort d'un enfant : 6 ans de réclusion contre les parents membres d'une secte
Huit jours après la naissance de l'enfant, à Stodlen (Allemagne) en août 1995, les médecins avaient préconisé une opération au coeur, la malformation étant considérée comme accessible par les chirurgiens. Mais sa mère, inconditionnelle de la naturopathie, avait refusé. Les parents de Raphaël, qui comparaissent libres, avaient été écroués à la maison d'arrêt de Pau, où ils avaient effectué 18 mois de détention préventive, avant d'être remis en liberté.

Naturopahtie dans le Dictionnaire Sceptique (en anglais).
Psychothérapie Vigilance
Entre charlatanerie et dérive sectaire

Lectures conseillées:
Les charlatans de la santé, de Jean-Marie Abgrall, Documents Payot, ISBN : 2-22889-194-0.
Le sommeil de la raison, de Norbert Bensaid, Seuil, ISBN: 2-02010-089-4 .

30 mai 2005

Deux parents et trois médecins jugés pour la mort d'un enfant malnutri

QUIMPER (AFP) - Le procès de deux parents adeptes de la kinésiologie accusés d'être responsables du décès de leur dernier enfant par malnutrition, ainsi que de trois médecins poursuivis pour non assistance à personne en danger s'est ouvert lundi devant la cour d'assises du Finistère.
Ronan Boucher, 45 ans, et son épouse Pascale Durand, 46 ans, qui contestent leur responsabilité et comparaissent libres, encourent une peine maximale de trente ans de réclusion pour "privation de soins ou d'aliments suivie de mort d'un mineur de 15 ans par ascendant". De leur côté, les médecins sont passibles d'une peine de 5 ans de prison.
Le 12 novembre 2000, Kerywan, 16 mois et demi, mourait au domicile familial de Moëlan-sur-Mer (Finistère), avec un poids de six kilos, soit celui d'un enfant de quatre mois. Les experts devaient déceler une carence nutritionnelle "importante et chronique" imputable selon eux à un régime alimentaire sans protéine animale ni supplément vitaminique. L'enfant était depuis sa naissance allaité par sa mère adepte d'un régime végétalien.
La justice reproche au couple, déjà parent de trois filles, d'avoir privé de soins son dernier enfant non pas par négligence ou imprudence mais au nom de "conceptions idéologiques" inhérentes à la pratique de la kinésiologie, technique psycho-corporelle développée dans les années 60 aux Etats-Unis.
Présentés comme "enseignants indépendants", les deux époux, de formation scientifique supérieure, avaient créé une "école d'enseignement complémentaire à la kinésiologie" à Moëlan-sur-Mer. Ils sont l'auteur de plusieurs brochures, dont une notamment sur la nutrition.
Niant tout lien de causalité entre leur comportement et le décès de l'enfant, ils ont réclamé en vain un non-lieu devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes.
L'enquête menée par les experts a par ailleurs révélé que l'enfant aurait pu être sauvé "jusqu'au dernier moment", ne serait-ce que par une hospitalisation d'urgence, d'où une mise en cause de trois médecins qui n'ont pas alerté les autorités sur l'état de santé de plus en plus critique du petit garçon.
En mai 2000, sept mois avant sa mort, Kerywan avait été traité par un de ces médecins pour des vomissements. Trois mois plus tard, un autre médecin associé au premier renouvelait le traitement: à l'issue de la consultation, il inscrivait dans le dossier de l'enfant la mention "privation de soins et inconscience des parents, enfant en danger", mais n'alertait pas les autorités.
Une même inertie est reprochée au médecin traitant de la famille, qui aurait reçu sans réagir un fax de la famille contenant des informations "précises, importantes et alarmantes" à propos de l'état de santé de l'enfant. Les débats doivent durer cinq jours.
L'Union nationale des associations pour la défense des familles et de l'individu (UNADFI) spécialisée dans la lutte contre les phénomènes sectaires s'est portée partie civile dans cette affaire, ainsi que La Voix de l'enfant, fédération d'associations pour la protection des enfants en France et dans le monde.


Les parents sont ici au premier rang des victimes de leur aveuglement. Ce n'est pas toujours le cas, comme nous l'avons vu pour l'affaire du vaccin contre la polio. Les enfants, eux, y sont toujours. Il est donc bon de se méfier de toutes ces pseudo-médecines charlatanesques dont AMESSI fait une publicité immodérée, et qui sont parfois les portes d'entrée d'associations de type sectaire.